L'INCROYABLE CORRUPTION DU MONDE POLITIQUE EN FRANCE
L'INCROYABLE CORRUPTION DU MONDE POLITIQUE
Une enquête qui m'a pris beaucoup de temps.
Suite du billet précédant
Mais ce n’est pas tout, la corruption active s’ajoute à la corruption passive avec une impunité déroutante [...] ce qui m’amène à parler des délits de corruption de Messieurs Jacques Chirac (1932-2019) et Nicolas Sarkozy, qui leur ont valu un poste de président de la République, suivi d’une place au Conseil constitutionnel, le tout grassement rémunéré.
Dans les années 1990, Jacques Chirac a été mis en examen pour de nombreux délits de corruption, qui ont servi à financer le Parti Rassemblement pour la République (RPR), qu’il a fondé en 1976 alors qu’il était maire de Paris (1977-1995), et qu’il préparait l’élection présidentielle de 1995, qu’il a gagnée dit-on. En 2001, la Cour de cassation s’appuie sur l’immunité présidentielle du chef de l’État, définie par l’article 68 de la constitution, pour casser un premier procès.
Chirac redevient justiciable un mois après la fin de son dernier mandat de président de la République en 2007. Il devient membre de droit du Conseil constitutionnel et en démissionne en mars 2011 avant sa condamnation. Effectivement, en décembre 2011, le tribunal correctionnel de Paris le condamne, à l’âge de 79 ans, à deux ans de prison avec sursis pour « détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « prise illégale d’intérêt » dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris.
Pour Éva Joly, ex-eurodéputée (2009-2019) et ex-juge d'instruction, « l’immunité présidentielle est absurde et d’un autre temps » (1). Et « si Jacques Chirac avait été jugé dans les mêmes conditions que l’ensemble des Français après la découverte des faits, les citoyens auraient aujourd’hui une plus grande confiance dans la démocratie. » Pour Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre de Jacques Chirac, ce jugement est «d’une grande sévérité».
Pour le président de la République en poste en 2011, Nicolas Sarkozy, le meilleur élève en corruption de Chirac : « Ces circonstances ne doivent pas faire oublier l’engagement constant de Jacques Chirac au service de la France […] ».François Fillon, premier ministre de Sarkozy, en examen pour corruption à l’heure où j’écris, a dit : « Je pense simplement que celle-ci [décision de justice] arrive vraiment trop tard, plus de 20 ans après les faits ».
Nicolas Sarkozy a surpassé son maître en corruption, comme l’atteste l’incroyable feuilleton judiciaire suivant (2) qui se déroule sous les yeux du peuple lobotomisé et atone. En mai 2015, Sarkozy est passible du tribunal correctionnel si la justice n’est pas à nouveau entravée. Dans l’enquête concernant le financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, les magistrats avaient mis sur écoute l’intéressé et deux de ses anciens ministres de l’intérieur, Claude Guéant et Brice Hortefeux. Des interceptions téléphoniques opérées en janvier et février 2014 par les juges montrent que l’ex-chef de l’État disposait d’un second portable acheté sous un faux nom.
Battu en mai 2012 par François Hollande, Sarkozy ne bénéficie plus de l’immunité présidentielle. Les écoutes ont révélé des échanges avec un autre portable, acquis aussi sous un nom d’emprunt par Gilbert Azibert, l’avocat de Sarkozy. Conclusion : l’ex-président et son avocat étaient renseignés sur les travaux de la Cour de cassation saisie de la procédure de l’affaire Bettencourt, qui met également en cause Sarkozy. Après dix-huit heures de garde à vue, Sarkozy a été mis en examen, début juillet 2014, pour corruption active, trafic d’influence (3) et recel de violation du secret professionnel.
Gilbert Azibert, premier avocat général (4) près la Cour de cassation, et son collègue Patrick Sassout, avocat général à la chambre criminelle de la haute juridiction, transmettaient à l’avocat de Nicolas Sarkozy des informations confidentielles pour entraver la bonne marche de la justice, d’où aussi l’incrimination de violation du secret de l’instruction. Thierry Herzog et Gilbert Azibert ont également été mis en examen.
Contre les services rendus, Azibert voulait bénéficier d’un appui de Sarkozy pour un poste de conseiller d’État à Monaco. C’est ainsi que les écoutes téléphoniques, opérées par les juges Serge Tournaire et René Grouman, ont révélé un réseau d’informateurs illégal au sein des institutions policière et judiciaire de l’État, au service du clan Sarkozy, informant ce dernier sur les nombreuses procédures judiciaires le concernant.
Patrick Calvar, patron du contre-espionnage français, a rapporté aux juges que Sarkozy lui avait téléphoné en juin 2013 pour lui soutirer des informations. Et en décembre 2013, les conversations interceptées entre Hortefeux et le patron de la police judiciaire de Paris, Christian Flaesch, ont provoqué la mise à l’écart du patron du Quai des Orfèvres (5).
Mais ce n’est pas tout, car les juges d’instruction du tribunal de grande instance de Bordeaux avaient mis Nicolas Sarkozy en examen en mars 2013, suite à des indices montrant que l’ex-candidat à la présidentielle, élu président de la République en 2007, avait profité de l’âge avancé de Madame Liliane Bettencourt (née en 1922), deuxième fortune de France, pour financer sa campagne électorale.
Effectivement, en octobre 2011, la presse nous apprenait que, selon une expertise psychiatrique, Madame Liliane Bettencourt, la riche héritière de L’Oréal, souffrait d’une « démence mixte » et d’«une maladie d’Alzheimer à un stade modérément sévère», avec « un processus dégénératif cérébral lent ». Fin mai 2013, la presse publiait que Sophie Gromb, l’un des experts psychiatres qui avaient rédigé le rapport avait été témoin au mariage du juge Jean-Michel Gentil en 2007, qui a mis Nicolas Sarkozy en examen suite à cette expertise. La requête en « suspicion légitime » (6) a été déposée près de la Cour de cassation à la demande des mis en examen : l’ex-président Nicolas Sarkozy, l’ex-ministre Eric Woerth, le photographe François-Marie Banier, l’homme d’affaires Stéphane Courbit et le gérant de la fortune de la famille Bettencourt, Patrice de Maistre.
La Cour de cassation s’est déclarée incompétente pour le dessaisissement des trois juges bordelais et a renvoyé l’affaire devant la Cour d’appel de Bordeaux. À l’issue de trois ans d’instruction, les juges Jean-Michel Gentil et Valérie Noël du tribunal de Bordeaux ont estimé que les charges retenues contre Nicolas Sarkozy sur l’affaire Bettencourt étaient trop faibles, et ont prononcé un non-lieu, qui lui a évité le tribunal correctionnel.
Mais en 2015, la Cour d’appel de Paris juge légal l’enregistrement des conversations interceptées par la justice entre Nicolas Sarkozy – devenu à nouveau président de son Parti Union pour un mouvement populaire (UMP) - et son avocat Thierry Herzog. L’ancien chef de l’État est à nouveau sous la menace d’un procès en « correctionnel » pour corruption et trafic d’influence. Ironie du sort, Sarkozy fait appel de cette décision près de la Cour de cassation, pour savoir si les écoutes secrètes diligentées par le tribunal étaient légales.
Selon les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui ont publié Sarko s’est tuer (Stock, 2014), l’ancien Président était impliqué directement ou indirectement dans pas moins de onze « affaires » judiciaires pour : « corruption, abus de biens sociaux, trafic d’influence, escroquerie en bande organisée, favoritisme, abus de confiance, faux et usage de faux, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics… » (7) Citons à titre d’exemple, les « affaires » Bygmalion, Bettencourt, libyenne, les sondages de l’Élysée, Tapie-Crédit lyonnais, etc. Mais sa clientèle ne le lâche pas, Sarkozy était même l’un des candidats favoris du Parti Les Républicains (LR ex-UMP) en 2016.
Jean-Paul Alonso, extrait de Politeia, éd. 2021.
Posté le 08/01/2021 sur ma page Politique et informations de Jean-Paul ALONSO
Notes :
1- Liberation.fr, 30 octobre 2009.
2- Je n’ai, hélas, pas pu mettre à jour toutes les informations.
3- Le trafic d’influence vise, selon l’article 433-2 du Code pénal, le fait « de solliciter ou d’agréer, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques, pour lui-même ou pour autrui, pour abuser ou avoir abusé de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d’une autorité ou d’une Administration publique des distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable ».
4- Un avocat général n’est pas un avocat, mais un haut magistrat du parquet comme le procureur général, le procureur de la République ou son substitut. Un avocat général représente le ministère public devant la Cour de cassation, les cours d’appel ou les cours d’assises.
5- En décembre 2013, Christian Flaesch, 52 ans, salué comme étant un « grand flic » par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur du gouvernement socialiste, quitte son poste. Valls lui cherchait une autre affectation depuis un certain temps pour « faire respirer le service ». (liberation.fr)
6- Une requête en suspicion légitime vise une juridiction et est du ressort de la Cour de cassation, tandis qu’une requête en récusation vise un magistrat et est du ressort du premier Président de la Cour d’appel. La demande de renvoi pour suspicion légitime est une demande de dessaisissement d’une Chambre de la juridiction saisie lorsqu’une des parties fait valoir que les magistrats qui la composent pris collectivement et non individuellement, font preuve, ou risquent de faire preuve d’inimitié, ou d’animosité à son égard. (dictionnaire-juridique.com)
7- Liberation.fr du 6/11/2014.



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