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08 février 2021

Le Peuple (extrait de Politeia, éd. 2020, aux éditions-arte-politeia.com)

 Dans un premier temps, on doit bien distinguer le mot « peuple » des mots « population » et « citoyen ». La population humaine regroupe toutes les personnes de toutes les régions sans distinction. Elle désigne tous les genres humains, tous les âges, tous les métiers et toutes les autres catégories sociales.

Quand une population partage un même territoire, une même culture, une même langue, une même religion et des mœurs communs, elle devient un peuple qui se donne une organisation et des institutions politiques.
L’expression « peuple » est présente dans toutes les cultures avec des significations variées. Il existe une grande différence entre un peuple nomade divisé en clans regroupés en tribus sans aucune frontière territoriale et un peuple sédentaire dont la population est découpée en localités territoriales qui sont soumises à un État.
Les peuples sont pluriels, l’histoire distingue les peuples gaulois, gallo-romain, franc, barbare, etc., et la géographie parle des peuples des forêts, des montagnes, de la mer, etc. L’Ancien Testament cite les Juifs comme étant le peuple élu de Dieu (Hé 11:25). Cette assertion pouvait avoir une valeur dans une société juive close, mais aucunement dans les sociétés modernes.
Le peuple en tant que composante politique abstraite encadrée par un État apparaît dans l’Antiquité.
Le mot « peuple » provient du latin populus qui désignait l’ensemble des citoyens romains de la Rome antique. Cicéron parle d’« hommes associés par leur adhésion à une même loi, et par une certaine communauté d’intérêts ». Cette définition demande des précisions.
Les Grecs anciens appelaient dèmos ou dème l ’ensemble des citoyens d’un bourg ou d’une commune, ces termes pouvaient inclure aussi leur territoire1. Le terme grec « démocratie » est constitué de dèmos (bourg, commune, territoire) et de cratie (pouvoir).
Nous avons vu au chapitre 1-3 que pour Aristote la démocratie était la forme corrompue de la république, qui pratiquait le « régime civique », lequel s’appliquait aux seuls citoyens soumis au régime censitaire. Il n’y a jamais eu dans l’Antiquité gréco-romaine de démocratie où tout le peuple jouissait du droit de cité.
Même si en France le régime censitaire a cessé en 1848 et que les femmes votent depuis 1944, tous les habitants ne jouissent pas de la citoyenneté. On ne peut donc pas dire dans nos régimes démocratiques représentatifs modernes, comme on l’entend souvent, que le peuple est une entité opposable à ses représentants politiques ; seuls les citoyens le sont, sauf en période de révolution où le chaos domine.
En pratique, la vraie démocratie n’a jamais existé, car depuis l’Antiquité, la citoyenneté n’a jamais été accordée à l’ensemble des personnes. Le droit de cité a le plus souvent été assujetti à certains critères de naissance, de sexe, d’âge, de revenus ou de richesse.
L’objet de cette œuvre (Politeia) est de présenter une organisation politique idéale capable de rendre toute la population souveraine sans aucune discrimination. Si elle n’est pas compliquée à concevoir, elle sera difficilement admissible, du fait que la population n’a jamais reçu ce type d’instruction civique.
De plus, nos institutions ont entretenu une certaine paresse politique qui fait que toutes les personnes n’aspirent pas à jouer pleinement le rôle politique exigé par une citoyenneté complète. L’ignorance fait que beaucoup d’individus pensent que l’aristocratie élective ou la démocratie représentative sont préférables, et d’autres veulent un régime autoritaire qui donne la souveraineté à un seul homme. Ces opinions sont dues à la méconnaissance d’autres modèles politiques que je vais présenter.
Les privilégiés qui détiennent le monopole du pouvoir n’ont aucun intérêt à vouloir abandonner leurs avantages tant que les exploités les tolèrent. À cette fin, la population est maintenue dans l’ignorance d’autres modèles politiques. Quel intérêt a un peuple à vivre dans une cité selon une organisation politique dont il n’est pas maître ? L’histoire nous répond aucune !
Dans un premier temps, imaginons la vie d’une personne qui vit seule sur une île en pêchant ou en capturant du gibier, ou sur une terre qu’elle cultive en s’autosuffisant sans rien demander à autrui. Loin de la cité, elle n’obéit qu’à sa loi, sans dieu ni maître, elle écrit sa propre histoire loin de ses semblables et de la civilisation.
Si elle veut changer ses propres règles de vie, elle n’a de comptes à rendre à personne. Mais elle ne devra compter que sur elle-même en cas d’accident, de maladie, de handicap ou de pénurie. Son isolement social est aussi source de précarité et d’insécurité. Pour cette raison, la majeure partie des personnes reste attachée à un territoire, une famille, un clan, une tribu, une communauté, pour s’associer, mutualiser, coopérer et s’entraider librement.
Encore faut-il que le modèle politique qui régisse la cité remplisse pleinement le rôle attendu, et que les dirigeants ne constituent pas une classe de privilégiés qui abusent de leurs prérogatives comme on le voit aujourd’hui.
Dans l’Empire romain chrétien, le peuple était divisé en trois ordres (sacerdotes, nobiles, pauperes). Cette théorie a été réactualisée en France au IXe siècle par le moine bénédictin Haymon d’Auxerre2 et institutionnalisée au début du XIVe siècle. Le tiers état était plus important en nombre que le clergé et la noblesse qui comptaient sur les prélèvements fiscaux et en nature effectués sur les producteurs.
L’accès au gouvernement reposait sur le lignage, la guerre, la fortune, le mariage et les services rendus au prince. C’est un rapport de force qui déterminait les rôles des gouvernants et des gouvernés.
Théoriquement, en démocratie la population est sa seule souveraine, aucun organe politique ne peut s’opposer à sa volonté. Le rôle du peuple en politique a fait couler beaucoup d’encre après l’apparition des États centralisés. Nous avons vu dans le Livre 1 que les penseurs de la politique se sont multipliés après l’apparition des premiers États constitués, qui sont des abstractions donnant matière à penser.
Pour Jean Bodin (1576), un monarque devait gouverner en autocrate selon un pacte conclu avec l’assemblée des notables. Thomas Hobbes (1651) envisageait un monarque ou une aristocratie au pouvoir absolu qui leur était octroyé par le peuple avec un pacte. John Locke(1690)proposait un pacte social conclu entre les hommes libres, et une justice impartiale dotée d’une force de coercition. Jean-Jacques Rousseau (1762) proposait de placer en souverain le peuple, sur les bases d’un contrat social. C’est sur ce genre de concept abstrait que sont fondés l’État moderne et le peuple, qui est « le corps de la Nation, l’ensemble des personnes soumises aux mêmes lois ».
La constitution française dit : « La République est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Mais la classe des nantis a toujours fait obstruction à son application jusqu’à nos jours. Entre la démocratie représentative, qui introduit les notions de gouvernant et de gouverné, et la dictature, il n’y a toujours eu qu’un pas à franchir.
Dans La psychologie des foules (1895), Gustave Le Bon (1841-1931) a identifié le peuple à la foule. Cet ouvrage augurait les grandes manipulations médiatiques et les crimes de masse opérés sous les dictatures au XXe siècle.
La foule bigarrée et anonyme est une multitude de personnes rassemblées en un même lieu (rue, gare, etc.) de façon aléatoire et limitée dans le temps. Le peuple réduit à la foule sans visage et non à des citoyens responsables justifiait selon Le Bon l’élaboration d’une stratégie machiavélique pour gouverner, laquelle n’a pas cessé d’être à l’œuvre dans les États centralisés.
Depuis, pour les politiciens, le mot « peuple » ne désigne plus les citoyens mais les individus de condition modeste, qui ne constituent rien d’autre que la foule. Max Weber (1864-1920) emboîte le pas à Le Bon, en prônant « la démocratie plébiscitaire » dirigée par un chef charismatique élu par le peuple. Et le juriste du IIIe Reich, Carl Schmitt (1888–1985), développe une vision dictatoriale de la puissance étatique. Pour Schmitt, le gardien de la constitution n’est pas le parlement élu par les citoyens, mais le Chancelier du Reich.
On doit cesser d’assimiler le peuple à la foule, comme le font les serviteurs des régimes dictatoriaux. L’exigence de critères toujours plus sévères pour définir la citoyenneté nourrit l’exclusion d’autrui et le nationalisme. C’est en suivant cette voie que les partis d’extrême droite veulent rejeter et exclure de leurs droits une partie de la population française, alors que tous les peuples se sont formés et enrichis culturellement avec les migrations.
Notes :
1Dèmos ou dème désignent une commune athénienne avec ses occupants (Dictionnaire étymologique de la langue grecque, éd. Klincksieck, 2009). Pour Claude Mossé, les termes dèmos et dème désignaient au VIe siècle av. J.-C. une unité villageoise de moins de dix habitations. Les dèmes étaient distants de 4 à 5 km l’un de l’autre. Dictionnaire de la civilisation grecque, 1998). Selon Gustave Glotz dèmos signifiait la population ou son territoire (p14) et un dème était une commune avec son assemblée, ses magistrats et son administration propres (p143). (La cité grecque, 1928 ; 152)
2Le Moyen Âge, Denise Péricard-Méa, Jean-Paul Gisserot, 140p27.
Posté par l'auteur, Jean-Paul Alonso, éditions-arte-politeia.com le 20/12/2020.

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