Guide de la révolution non-violente à la mémoire de Gandhi (2008) chapitre II-1-8- La dissuasion et la résistance civiles non-violentes
ON PEUT FAIRE TOMBER UN GOUVERNEMENT SANS VIOLENCE
« En 1931, Gandhi commence à réfléchir à ce que devrait être la défense d’une Inde indépendante ; fidèle à ses convictions, il n’envisage pas de forces armées, mais l’organisation d’une résistance non-violente massive à tout envahisseur sur le modèle de celle qu’il mène alors contre l’occupation britannique ; idée qu’il ne parviendra jamais à faire accepter par le parti du Congrès. »
À partir de la fin des années cinquante, quelques chercheurs scandinaves et anglo-saxons cherchent à élaborer « un système de défense fondé sur l’organisation planifiée de la résistance non-violente de toute la population. ». L’hypothèse est qu’un envahisseur armé ne peut pas s’imposer durablement sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie de la population.
Des exemples de résistance civile non-violente existent comme par exemple la grève qui met en échec le putsch monarchique de Kapp à Berlin en 1920 ; la grève générale de la Ruhr en 1923, contre l’occupation franco-belge ; les six jours de la résistance tchèque en août 1968, contre les Soviétiques.
En 1984, la France a demandé une étude qui a été publiée en 1985 sous le titre La Dissuasion civile (Perspectives pour la prise en compte des principes et des méthodes de la résistance civile non-violente dans la stratégie globale de défense de la France) de Christian Mellon, Jean-Marie Muller, Jacques Semelin, éd. FED. Elle visait à contrer une invasion soviétique après une défaite armée dans le contexte de la guerre froide, et s’inscrivait dans une stratégie globale où la violence n’était pas exclue.
La sécurité d’un pays, d’une nation, face à des agresseurs potentiels, s’obtient par la dissuasion. Cette stratégie doit faire en sorte que les pertes engendrées par une éventuelle agression soient supérieures aux profits économiques, politiques et idéologiques de soumission escomptés par les agresseurs.
La dissuasion militaire, par exemple nucléaire, élève le facteur coût en opposant une puissance de frappe redoutable qui fait appel à de lourds moyens de recherche, lesquels précisons-le, sont à la charge des contribuables.
Ce genre de dissuasion armée n’est pas prévu pour faire échec aux facteurs politiques et idéologiques de soumission, contrairement à une autre approche non militarisée, qui consiste en une dissuasion civile.
Cette dernière repose sur une résistance civile non-violente de toute la population du pays à ses agresseurs. Elle devrait faire appel à un service civil adéquat, organisé par un ministère de la Défense de la Liberté, non-violent et sans arme. Non seulement la violence ne peut pas maintenir une paix durable, mais de plus elle est ruineuse en armes et en armées, et souvent en dégâts civils collatéraux, humains, matériels et écologiques.
L’État et la population doivent sortir du paradigme qui confond le pouvoir avec la force et la force avec la violence. Pour cela, nous devons retenir que le terme « non-violence » n’est pas synonyme de « pacifisme » et encore moins de faiblesse et d’absence de pouvoir.
Sur un plan théorique, la résistance non-violente et la résistance armée ne peuvent pas fonctionner en même temps : il faut choisir l’une ou l’autre. Les deux stratégies procèdent d’une mentalité ou d’un comportement psychologique et de valeurs sociétales différents. L’annulation récente du service militaire en France, la professionnalisation des armées et le développement récent des sociétés militaires privées vont dans le sens opposé d’une responsabilisation des citoyens pour mener une résistance civile.
De plus, notre société cultive l’individualisme et présente le matérialisme et la compétition entre les individus comme la seule utopie du bonheur ; c’est toute l’échelle de nos valeurs qui est à revoir. La non-violence et la dissuasion civile devraient être enseignées, dès la maternelle, en utilisant des jeux.
La non-violence fait appel à un paradigme différent de celui de la violence, tout comme la dissuasion civile non-violente est différente des missions d’interposition armées, menées par l’ONU avec des Casques bleus. La dissuasion civile non-violente repose sur une conscientisation de la population tout entière d’un pays et sur l’usage exclusif de la non-violence et de ses techniques, que nous passerons en revue dans ce livre. Elle ne nécessite plus une ingérence militaire étrangère pacifique programmée par l’ONU ou l'OTAN.
Rappelons que ces organisations intergouvernementales restent sous la coupe des grandes puissances armées et fabricantes d’armes. Même si le cadre institutionnel et international semble incontournable, il n’est pas certain, ni même souhaitable que la médiation de l’ONU demeure ; sinon, sa tâche serait considérablement allégée.
On comprend que les gouvernements des pays, qui s’inscrivent à l’intérieur du paradigme de la pensée unique, qui repose exclusivement sur la violence, ne soient pas disposés à former leur population à résister à l’oppression par des techniques non-violentes. Elles ont trop peur que ces instruments ne se retournent contre leur propre autoritarisme et que les peuples ne disposent un jour enfin d’eux-mêmes.
Extrait du Guide de la révolution non-violente à la mémoire de Gandhi (2008) chapitre II-1-8- La dissuasion et la résistance civiles non-violentes.


0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home